OdysseeTransamericaine

14 juin 2007

Disjonction post-Lipez

  Des fruits, pamplemousses, pommes, bananes, oranges, une orgie de vitamines comme sortie toute droite d un reve un mois durant construit; du pain et du fromage aussi, autant d actualisations de desirs jusqu alors ajournes.

  Les corps doucement se detendent, selon une ligne compulsive de consommation, ils sonnent faux, un morceau bien connu... Les charges accumulees faisant le desir plein sont siphonnees, se diluent dans le trop-plein des territorialites-simulacres, nous echappent impuissants.

  Les nuits sont clementes, enfin le sommeil profond, tel le gouffre au bord duquel nous penchons, que creuse de ses milles mains l homme sans saveur, celui qui fabrique, achete ou vend ces pieces de musee d un vrai faux artisanat moule puis duplique aux quatres vents du continent, celui qui sponsorise ou succombe au spectacle d allumeuse-pompiers, succubes attirant le client la ou brule, au milieu d un patio, un feu de paille, bucher des vanites autour duquel se consomment sans moderation des affects exsangues.

  Fadeur, fadeur d images qui ne sont rien de plus, sinon ces formes mouvantes dansant sur l ecran devant nos mains tire. Derriere ce dernier, un mur, ou rebondir sans fin...

Ah, Lipez, feu de l epreuve, terre hallucinee; le cadavre, du bout des nerfs bouge encore, qui se couplent aux racines de synthese bouclant ici l horizon.

  A contre-courant du voyage se degage un point chaud, une ignition, un centre a partir duquel s etale dans les deux directions, selon l axe temporel, l individu comme Etre et Devenir, Un et Multiple.

  Autour de ce noeud pivotal, l equilibre tournoie, entite collective et metastable, resolution partielle et transitoire d un systeme d equations aux mesures micro et macrophysique du cosmos. La vie est une tension d ou emerge l individuation, ce couple de rapports, aux autres et au milieu. Elle est une problematique sans cesse reprise et agrandie.

  Apres ce dephasage de plus d un mois nous atteignons un seuil, un palier a partir duquel tout sera a reprendre, au jour le jour.

  Vivre, laisser macerer le passe dans son jus acre, ne surtout pas remuer, pas plus que ne coudre d attentes vaines la bouche du futur, la maintenir ouverte, beer; vivre comme si ce jour, ces mots furent les derniers.
  L etre-pour-la-mort est la vie par dela l angoisse de la mort, une forme de d oubli, de danger, de liberte donc.
  Nous n en sommes que les fragiles instruments.

  Pour la premiere fois, rencontre avec d autres cyclistes, nous echangeons, informations et impressions. Bart et Hilde sont deux belges, 20 ans de cyclotourisme dans les pattes, le monde dans leur poche. Nous apprenons..., et rapidement nous prenons conscience de notre statut hors-cadre, de parias volontaires, d anti-cyclistes avec nos pas meme 6000km au compteur, le velo comme mode de fuite plus que passion veritable; pedaler pour vivre une rupture plutot que vivre pour pedaler sans fin.

  Avec le Chili s ouvrent grands les bras de la famille du cyclisme, genre de colonie virtuelle, une nuee de reperes (nom, prenom, origine sociale et geographique, statut predefini...) rabattue sur le corps mis a nu de la Terre, un quadrillage pour ce qui n a par nature pas de forme a priori, d architecture definitive.

  Desertion, emporter avec nous ce qui peut l etre, ces constructions boboides symboles d entraves impassibles, de pseudo ordre naturel, de positionnement par rapport a d etroits schemas socio-economiques; les arracher du dessus du gateau pour les faire valser dans l air bleu irradie.

  Fuir, non cette reaction mecanique, animale, devant un danger, mais faire fuir, avec soi, ces montages lego, ceux que vantent les petits marchands de jouissance, epouse, enfants, travail fixe pour chacun, pouvoir d achat, hobbies du dimanche pour tous, tout ce bric-a-brac democratiquement impose, coercition molle, fondations d une civilisation indefiniment samplee; civilisation du tout subversif, de la difference pour la difference, portee sur toute les epaules, suintant de tous les discours pseudo avant-gardistes, difference instituee, repetee a n en plus soif donc absente car s annulant par saturation; civilisation du blanc ou noir, l un et l autre  s excluant mutuellement, mondes incompossibles au sein d  une meme entite; civilisation du bien ou du mal, chaque terme se definissant par le manque de l autre, ainsi de celui qui ne porte prejudice a personne et qui se voit par la range du cote des bons, de "l Empire du Bien".

  Ce manicheisme pervers ou entre les allees de bons sentiments germe souvent la haine est celui des derniers hommes qui pour reprendre le mot fameux de Nietzsche "inventerent le bonheur". Par ennui sans aucun doute.

  Il y eut donc ce Lipez, ce qu on ne peut s approprier, plier a ses envies, ce a quoi nous nous sommes soumis pour en sortir plus libres que jamais.

  C est dans le don de soi a plus haut que paradoxalement peut s atteindre la liberte.

  Etre libre ne signifie pas libre de tout ou rien, pop-anarchisme fumeux, mais CHOISIR a qui ou quoi offrir le plus librement sa vie, ami(e)s, amours, champs de pensee, presence...

  L Argentine donc, depuis bientot un mois et demi, une population aimable a en tomber, tres chaleureuse, un cadeau de tous les jours, un gout prononce pour la bonne bouffe et la viande en particulier, un accent enchanteur, du bon vin, des femmes envoutantes, des etapes velo plus proche de balades de sante pour nos corps satures de globules rouges cherement acquis, une culture partiellement occidentalisee et ses avantages infrastructuraux, autant d atouts majeurs qui font du pays un lieu privilegie de villegiature, autant de charmes muets a nos oreilles resonnant encore du silence ecrasant du desert...

  Yves et gael, duo de cyclistes francais rencontres dans le nord nous mettent en garde, d ici peu le pays va subir la vague de froid annuelle, partant du cone sud pour rapidement recouvrir tout le territoire d un manteau glace, et , accompagnant cette chute thermique, un net raccourcissement des journees pour une mission impossible en Patagonie.

  Ushuaia disparait donc de la ligne que nous tracions dans nos tetes.

  Aussi, du gouffre-inconscient, nacquit une nouvelle machine desirante amplissant en une fraction de seconde tout l espace de notre futur proche.

  L Afrique, le Sahara, des dromadaires, pour quelques mois de plus le long d une autre ligne de deterritorialisation.

  Les derniers coups de pedales sont d ores et deja donnes, a notre plus grande surprise. Cap sur Buenos Aires, suivre son instinct, ne pas (trop) penser.

  A l approche de la capitale federale, immense ile de beton, les champs interieurs se brouillent, se reglent peu a peu, dessinent un nouveau diagramme en phase avec ceux qui maintienent la ville en mouvement constant.

  Le perif est une saignee de 40m de large, la tole crisse des corps machiniques qui par milliers se frolent, flirtent a haute vitesse. Des tonnes de gomme qu arrache le bitume dur, des tonnes de neurones qu arrache l imminence de l accident aux cerveaux sous chrono, saturent l atmosphere.

  Autobahn, support des migrations pendulaires, d une transhumance journaliere jusqu au coeur tambourinant du parc humain.

  Autobahn, musique du XXeme siecle, des orbites urbaines, de chimeres au neon, du sang noir des machines lorsqu elles ne se reproduisaient pas encore entre elles.

  Autobahn, bande-son sur laquelle s assemble le futur.

  Ouverture d un nouvel espace musical, le rock industriel, ses boucles electroniques, son chant des machines, ses voix fracturant de l interieur la boite noire du capital, ses paroles adressees a un dieu enterre, repousse sur la matiere-heritage du rock psychedelique butant encore sur les portes fermees de la perception.

  Orage d acier dans le coeur, nous sommes deux de plus ajoutes aux 12 millions que compte la metropole, deux recepteurs repondant en un reflexe pavlovien de survie aux signaux rouge-vert qui cadencent l avancee inexorable de la masse humaine de chair, son inflation ou sa condensation, ses incessantes metamorphoses.

  L isolement, ici, doit pouvoir etre plus terrible encore que sur le corps lisse du Lipez. Jamais aussi seul que parmi ses contemporains. Quid de ces millions de spectres anxiolyses rasant les murs de nos cites occidentales. Le beton dur n a pas l oreille facile, pratique l indifference plus que le soutien moral ou l assistance sociale.

  Transition plutot que final de notre periple comme il etait prevu, notre passage par Buenos Aires est enveloppe d un voile etrange, tisse d incertitude, de desirs quelque peu frustres, ainsi de cette session graff disparaissant dans le puit sans fond que creusent les depense de base, bouffe et logement, dans notre budget deja anorexique, d une page sud-americaine  prematurement tournee, d images d Afrique, d une folle envie d y revenir, sans aucun doute pour plus longtemps, et pas pour un voyage, de facilite enfin, d accessibilite coupant court le maintien a vif du Desir.

  La realite est un rapport de force, un noeud de relations individu-milieu irresolues, en process indefiniment repris, il ne suffit pas de "savoir" la ville interessante, energique au possible, faut-il encore de la sorte la "sentir" palpiter le long de nos arteres comme nous transitons par les siennes. Il faut la respirer, qu elle-meme nous incorpore, et si cela ne veut pas faire, ne pas forcer, juste profiter des gens, du melange des genres, o combien plus prononce et accepte que chez nous; une difference unifiante, une union d eneregies differentielles et non pas ce creux, ce nid de la segregation d ou ne fleurissent plus que des if au parfum de mort.

  Juste observer, la vie se faire et se defaire, ecouter les murs parler, politique, ou mieux, pseudo-politique de slogans et jeux de mot reducteurs.

  L homme, dans sa difference, est partout le meme, s etale au grand jour, contamine les heureux de son ressentiment, de toutes ses bronches crie, ce que personne n entend car le bruit est blanc, contre ceci, cela, puis bonne conscience executant son travail quotidien de sappe, de destruction, s endort fatigue mais fier de lui.

  Libertad! sur toutes les surfaces, pourquoi faire?, s entourer d un voile de fumee psychotrope et enfiler les bouteilles comme des perles?

  Nihilisme apathique, autophage, s accomplissant dans le non-pouvoir du non, du contre par principe, pure reaction. L homme est ce ressort que remonte chaque jour d ennui pour se detendre au moindre pet.

  Persistant deni du sens de l existence.

  Durant des mois, le soleil comme habitat, se levant et se couchant a nos cotes, petits dejeuners baignes d or, journees bercees par sa douce courbe chaque fois reprise.

  La lumiere est une drogue, hautement addictive, dont le manque ronge deja les potentiels energetiques accumulees precedemment.

  Du gris, peint sur nombre de faces, des murs, croissant toujours plus haut vers le bleu au carre toujours retrecissant, des murs polices aux mille yeux rives sur cette zone d ombre, cette chambre noire qu est la ville.

  Au sommet, une pluie solaire qui degringole d etages en etages, se diffracte successivement sur le verre de tours photophages, une pluie toujours plus fine a mesure qu elle chute un peu plus vers le fond, ou seules quelques gouttes tombent encore dans la bouche du citoyen-promeneur s abreuvant autant qu il le peut a ces rares et venerees oasis, flaques fugaces et blanches.

  L homme est un animal omnivore, haut place au dessus du regne vegetal dans la chaine alimentaire, ce qui pourtant ne lui interdit pas de contracter et retenir ce qui l atteint de lumiere directe; il est l Etre-Langage qui mache digere et recrache des particules-mots emballes dans leur fine gangue de sens mais il est egalement, a part egale s equilibrant sans cesse, l Etre-Lumiere, cet oeil-capteur de photons relie a l inconscient, cet oeil dont le regard bien souvent ne suffit pas des mots a etre circonscrit, defini, transmis dans le temps et l espace, a l autre autour de nous.

  Verticalisation des mondes. Les tranches de population eclatent en lourds morceaux, les rues sont les egouts, les catacombes des hommes de demain, la-haut accroches, rives a leur rectangle a louer de lumiere.

  Un devenir-aveugle pour d autres millions courant le sol toujours plus obscur a mesure que grimpe le beton.

  Lumiere, air, futures valeurs d echange fluant au gre des places boursieres; s ils n appartiennent a personne, c est qu ils sont libres de le devenir. La Terre n etait-elle pas a elle-meme son propre despote?, le monde change, deterrer les fumant decombres du passe ou anticiper l avenir, poser des maintenant une option sur son metre carre de soleil...

  Hier soir, les ondes hip-hop saturant l atmosphere du teatrito nous propulsent sur l orbite d un autre buenos aires, underground lyrics. Petit espace, blinde, B-boys et B-girls style sur toutes les epaules, deux ptits francais sorti tout droit du trou noir le plus proche se jettent dans la fosse, tete la premiere, l estomac noye de Fernet Branca pour quelques heures de vague accroches aux boucles envoutantes de flows-serpents infiltrant les neurones. 

  Du mouvement, un cercle, en son milieu deux danseurs fouettent l air lourd de leurs jambes, dessinent d instables arabesques, l une rebondissant sur le peu d energie que lui laisse l autre comme dechet. La machine chauffe...

  Du son, plutot plat, jusqu a ce que ce type, palichon au regard des autres presences du lieu gangsta hip-hop jusqu au bout des oreilles percees de diamants XXL, jusqu au bout du string a capuche, inonde la foule de sa voix post-catastrophe devalant en flux alternatif des enceintes noires. Deux morceaux sur cette pente, puis glissement temporel, une batterie disjonctee, un saxo stellaire, une guitare lumineuse se fixent sur la ligne ondulatoire que tend le chanteur, des courants de pensee impalpables au vibrant collectif.

  Envolees suicides, debit ravageur, resonance cosmique,  l instant se grave en direct sur nos plaques memorielles. 

  Le hip-hop enfle, sur la terre entiere, sa substance se singularise en une energie renversante.
  Deception pourtant, quant a l attitude du public, passifs spectateurs, consommateurs d un hip-hop calibre, propre, aseptise, clinquant comme l eclat eblouissant de ces bling-bling chromes, ombre deployee par dessus les remous, gros de potentialites, d energie performative, de surprises, qui constituent la matiere du hip-hop comme ligne de vie et non comme mode d emploi ou panoplie complete pour fils et filles a papa.

  Nous etions la pour le leur rapeller, a notre maniere d anti-hip-hopeux, style Deschiens et attitude plus proche du punk que des etoiles argent recouvrant les casquettes a 100 pesos.

  Tchao Buenos, Argentina, America...

  America, ton impenetrable regard

  America, tes larmes de verre

  scarifiant dans la joie des joues tanees

  America, tes plaies beantes

  comme des stigmates trop tard sutures

  d ou coule un sang a la terre mele

  America, tes dieux assassines

  America, tes enfants oublies

  arpentant tels des fauves le gris pave

  America, ta voix par dela la mort

  qui resignee se couple aux sirenes hurlantes du capilal

  America, spoliee

  America, tes chiens errant par milliers

  sont les depositaires de la liberte, derniers

  America, ton impenetrable regard

  comme l oeil du canon sur mon coeur pointe

  America, ta douce peau cuivree

  America, ton sourire de tous les jours

  America, ma vie retrouvee

  America, America

  Merci.

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05 mai 2007

ca vaut le coup d oeil

IMG_4371 IMG_4355 IMG_4619 IMG_4821 IMG_4625 sur la route

IMG_4813 IMG_4112 IMG_4744 les si agreables nuits dans la tente

IMG_4460 IMG_4451 IMG_4510 session escalade a Vallee de las Rocas...

IMG_4562 IMG_4483 IMG_4527 IMG_4454 ... qui chaques soirs nous aura offert de nouvelles couleurs

IMG_4648 IMG_4699 IMG_4757 IMG_4841 IMG_4596 IMG_4640 quelques merveilles du Lipez

IMG_4131 IMG_4430 IMG_4270 quelques couches de soleil

IMG_4158 a la chasse, arme de notre fronde

Posté par Transamericaine à 20:02 - Commentaires [8] - Rétroliens [0]

01 mai 2007

Du lit des anges

  Un bon bordel. Sur la droite diverses machines d antan pour faire la bouffe, un frigo dans le fond. De l autre cote un bar de la longueur de la piece, 2 silhouettes derriere celui ci travaillant a vitesse grand V, ne cessant leurs activites petrissage-fourrage-cuisson rien que pour la commande, le service et l encaissement.

  2 mamas, taillees a

la Orel

et Hardy, 2 grandes tresses reliees a leurs extremites atteignant le bas du dos, une raie parfaite decoupant leur crane en son milieu, un ensemble tablier-jupon leur donnant ce style grand mere experte en cuisine. Une seconde piece, aux murs des photos de la capitale des autres siecles quand les grandes tours en beton n avaient pas encore envahi le centre ville, quand les transports en commun etaient encore en bois, tires par des chevaux.

  Des tables, des chaises, toutes aussi vieilles que le snack, 25 ans, avec tous les soirs un habitue, habitue des premiers jours sans doute.

  Ici on y deguste des tucumanas, beignets fourres a la viande avec un savoureux melange de legumes, d olives et d oeufs. Specialite de la ville, de ces 2 femmes qui a toutes heures de la journee vendent leurs centaines de mets qui s arrachent comme des petits pains.

  En y ajoutant un hamburger et un batido, melange fruit, lait, sucre passe au mixeur, nous sommes prets a arpenter les rues bondees de

La Paz

, de cette jungle urbaine, de ce poumon economique et neo-culuturel d un pays avec lequel elle est en parfaite contrariete.

  Quelques centaines de metres a faire et nous sommes au coeur de cete machine carburant a l energie humaine: Plaza de los heroes, centre de cette geante toile d araignee d etales, de la plus sophistiquee a la plus minimaliste, ou touristes comme locaux y trouvent leur bonheur.

  Des stands de nourriture ou des mamas, devant leur embonpoint a la richesse de leur cuisine, harcelent les passants leur proposant plats en tous genres, aux stands d outils de bricolage de toutes sortes, en passant par le quartier aux sorcieres, foetus de lamas seches tronant au premier plan, future offrande a pachamama, porte bonheur a deposer dans les fondations lors de l edification de maisons.

  C est sous le charme de ce centre, fourmiliere geante plus vivante que Quito, plus folle que Cusco, que nous quitterons cette metropole hors du commun.

  Nos derniers coups de pedales citadins nous pousserons a slalomer entre des barages de

La Paziens

en colere, manifestation contre la penurie de gaz. Un manque de bouteille du a une exportation au marche noir vers le perou, pays ou cette denree 3 fois plus couteuse fait le bonheur de trafiquants boliviens y trouvant leur compte.

  Indecisions, ou incertitudes plutot, planeront sur nos tete quelques jours quant a notre future trajectoire.

  Valle de las rocas, site d escalade recemment decouvert n ayant rien a envier aux autres lieux paradisiaques de la grimpe eparpilles sur les 5 continents, sera une etape obligatoire de notre periple. Situee a une centaine de kilometres au sud d un autre objectif longuement attendu: la salar de tunupa, plus grande etendue de sel du continent, mer desoramis assechee qui anciennement, il y a quelques 150000 annees, se joignait au fameux lacs Titicaca. Surface de

12000 kilometres

carre d une blancheur extreme plus connue sous le nom de salar de Uyuni.

  Mais ici nait la premiere incertitude, une saison des pluies ne voulant toucher a sa fin le plongerait selon les dires de certains sous une couche d eau d une trentaine de centimetres, empechant tout 2 roues de s y aventurer. Dires incertains car dementis par d autres rumeurs. Seconde incertitude, par quelle route, ou quel chemin, quitter la bolivie. Gagner les regions nord argentines par la trajectoire la plus directe, ou passer les sentiers du lipez, cauchemar physique qu alimentent des chemins diaboliques ouvrant sur un paradis naturel, oeuvre d art de dame nature, la frontiere chilienne en ligne de mire.

  C est donc avec ces quelques interrogations dans un coin de la tete que nous arpenterons sur quelques

230 km

des altiplanos qui nous meneront a une derniere grande etape urbaine avant une region peu habitee couvrant un bon quart sud-ouest du territoire. 4 jours sur ces hauts plateaux andins durant lesquels nos coups de pedales se suivront et se ressembleront.

  Des immenses plaines perchees entre 3800 et

4000 metres

d altitude que nous esperions desertiques mais qui, faute d une saison des pluies anormalement longue, seront recouvert d une vegetation fortement luxuriante. depaysement malheureusement bien en dessous de nos attentes et des regions parcourues auparavant, qui nous laissera sur notre faim quant a cette partie bolivienne.

  Arrivee a Oruro donc, ultime cite avant un semblant de neant. 72 heures a la recherche d informations qui au final nous pousserons a quitter cette triste ville les sacoches reorganisees, difficile choix quant a des affaires a lacher afin de faire de la place pour des denrees alimentaires obligatoires si nous voulons eviter un severe regime pates et riz blanc pour les semaines a venir.

  Le sud. Eternellement. Comme un pulsar biochimique tapissant de son feu stroboscopique les parois de nos boites craniennes, comme la singularite electro-magnetique, acquise sur l invisible, se couplant aux flux idoines ceinturant de leurs fers bleutes la planete.

  Nous sommes des migrateurs, des derniers hommes, simulacres d aventuriers inscrivant sur la toie vibrinnante du monde l axe improbable d une igne de rupture, tangente fuyante, glissante, qui s effondre sur elle-meme, se fond dans le cercle d un inconnu radiographie, opere, decline et cartographie sous toutes ses formes.

   Formes qui, pour autant qu elles soient rangees dans les reluisants tiroirs du doxique Geopedia, livre ouvert a touttes les entrees, les plus profondes, secretes, malades, qu il faut franchir en apnee no limit, les plus blemes et flexibles, entre-deux-eaux paillete que gardent jalousement les histrions d un demi-savoir, les neodandys du politiquement incorrect, les plus brillantes et dangereuses enfin, consumant les chairs du tison brulant de la liberte; formes qui donc, sous des apparences balisees n en continuemt pas moins d afficher ce regard terrible, tel ce desert a la face dure, aux taits aiguises de l eclat de rire que lu insuffle l effroi de toutes ses proies, qui trompeur nous sourit de loin en coin.

 

La Bete

, comme toute epreuve, purifie ou blesse a mort, exemple de ces boliviens disparus sur le Salar sous l oiel frigide et avise de la lune. Legende ?, nous n en saurons pas plus...

  En avant-poste de cet organisme rampant machine par quelques hommes, implants greffes sur ce corps qui sont telle la main operante prolongeant le bras long du Capital-Etat en ces lieux ou lui-meme et les pseudopodes du monstre s interpenetrent, melent leur respective substance, des tapis dores de silice, sous l effet conjugue de courants glacials et des bouffees de chaleur qu exhale le sol, se muent en derviches mineraux s elevant dans l air monochrome, danseurs fantomatiques comme autant de pieges destines a doper l inexorable avancee de sournoises meharees, comme autant de pieges pour nos deux roues butant sur des bancs de sable mous; ainsi, des mini-tornades, et des rapaces, fixes en vol stationnaire dans l azur par l ombre lumineuse tombant en fleches d acier des nues electrisees.

   2 derniers jours a longer les lacs Uru-uru et Poopo, a glisser sur des surfaces encore lisses et dures avant d attaquer des chemins terreux, sableux et rocailleux pour les 500km a venir, car desormais une chose est sure , nous irons bel et bien nous frotter aux terribles sentiers lipeziens.

  Huari, petite ville sympathique, fera donc figure de ligne de depart pour cette nouvelle etape. Nous y rencontrerons un groupe de compatriotes professeurs au lycee francais de

La Paz

et revenant du salar.

  Leurs informations precieuses et leur biere bien appreciable auront un leger gout d optimisme. D apres eux, si les conditions climatiques nous sont favorables, si un nouvel orage ne s abat pas sur le region, nous serions dans la possibilite d ici quelques jours de faire craquer le sel sous nos pneus.

   Humeurs des elements aux dimensions titaneques du continent; un soir, d un simple battement de coeur de l univers chaosmotique, se fend en deux la compacite anthacite nous enserrant entre ses machoire de plomb. La nuit post-atomique est blanche, une noirceur que recouve d un halo argent le feu clair de rhizomes electriques travaillant l opaque et lacte liquide du manteau celeste.

  Rire tonitruant d un orage de poudres, dernier soubressaut estival avant le calme de glace de l hiver.

  Empruntant une route en construction en piteux etat, traversant des villages fantomes et poussant pour la premiere fois les velos dans des parties excessivement sableuse et rocailleuse, nous arriverons dans le petit village de Jijira, porte d entree du salar situee au pied du volcan tunupa.

  C est Carlos et doña Lupe qui leveront le dernier petit voile d interrogation qui planait. Ce couple, proprietaire de l un des alojamientos les plus agreables rencontres jusqu ici, nous assurera que malgre la fine couche d eau variant de

2 a

5 cm

sur sa surface, le salar est largement pratiquable.

  Un petit essai, un leger tour d une dizaine de minutes sur celui ci nous le prouvera et nous donnera un avant gout de cette future experience inoubliable.

  C est impatient que nous passerons la soiree en compagnie d un francais de l IRD travaillant sur les effets nefastes de la culture du riz des incas pour l environnement, cette plante plus connue sous le nom de quinua cultivee a grande echelle par les petits agriculteurs locaux n hesitant pas a retourner le moindre petit coin pour developper leur gagne pain qui s arrache desormais a prix d or sur les marches nord-americain et europeen.

  Mode guerriers des steppes.

  Loading...

  Premier niveau d un actualisateur de multivers, mioir de verre perce de trous de reve.

  Au commencement etait le fracas du silence, blans des poles de la gueule duquel pas meme ne sourd le rouge murmure d un coeur, blanc de la page qu etend la sourde intensite cardiaque de

la Creation.

  Du

sel , quelques millions de metres cube d eau en une fine pellicule, du ciel, pour deux reflets en survol de l autre cote du miroir, plus pres des anges, de leur chair electrique, de leur lumiere aveugle, du feu qu ils incarnent.

  Penurie de reperes, Aristote et Euclide la tete en bas, corps-espace-temps elastique se divisant a l infini, mecanique quantique de nos synapses coupant le flux-serpent du reel, la chaine genetico-deterministe; hauteurs, largeurs, profondeurs se devorant l une l autre sur le fond interface de l oeil; chaque instant semble pouvoir tous les contenir en un unique bloc compact que cimente ou dechire un silence vivant, doucement assassin, maitre inconteste en ces terres predatrices.

  A l approche d Inca Huasi, bouton de terre sur la blanche immensite, citadelle veille par un armee impassible de cactus aux piquants dardes contre un invisible ennemi, des gemmes de sel a fleur de peau, telles des feurs aquatiques dont le calice recueille la cinglante luminosite du grand midi, et puis du bruit, le grondement de moteurs enflant a mesure que les 4x4 en ballet synchronise se fixent sur le disque d accretion de ce trou noir touristique.

  Sous notre regard aiguise debute alors le pale succedane des defiles parisiens ou milanais, routine guignolesque de poses un million fois repetees, immortalisees et etalees su le reseau, que viennent rompre, de coups de kaxon rabatteurs, les chauffeurs impatients d achever leur tour millimetre.

  Meticuleux curetage des engins pendant que l ile se vide soudain, nous laissant, exceptes les 4 responsables du lieu, seuls capitaines a bord du bateau ivre.

  Image crepusculaire, d un coin a l autre du champ visuel, le ciel amethyste liquide s irradie d un halo poudeux s elevant de la plaie saignante qu etire l horizon carmin aux monumentales cathedrales de nuages qui diffractent, vitraux ouates, la pluie photonique en un fleuve dechaine de langues de feu pourpre.

  Puis, d une givree clarte ruisselant en taches chromees de l astre lunaire se reanime le jour du plus profond de la nuit, intaveinee de kyrielles de rivieres diamantiferes, lointains amas d etoiles condensant la matiere avant d en laisser en caalcade furieuse l eclat silencieux.

Stand by.

Reload...

Deuxieme niveau, la gomme glissant sur la peau blanche et craquelee du salar, l homme, 55-

60 kg

d un exo-squelette d artefacts divers et l orage bleu electrique de la musique du XXeme siecle imprimant directement ses flashs sismiques sur les corpusculs corticaux, forment ensemble une trinite disjonctive, une machine-songe nomadique, le propulseur amorcant le tir d une ligne tectonique fracturant les territorialites-simulacres montees par la plus-value jusqu aux confins du plan tortueux et chiffone du monde.

  Coupure, deconnexion, a la mesure de l espace-temps que l on integre autant qu il nous incorpore a son singulier substrat.

  Colcha-K, ville a la sortie du salar, a l entree du desert.

   Un petit jour de pose pour ce remettre de cette experience unique et pour un grand nettoyage obligatoire. Velos, fringues, bonhommes dessales, lances pour une premiere etape d une centaine de kilometres, San Juan, San Augustin, Alota, valle de las rocas, nous nous frotterons aux premieres peripeties lipeziennes.

   Mal indique, perdus au beau milieux des champs de quinua, en surface sableuse, nous pousserons un petite heure avant de retrouver le chemin chaotiquequi nous menera 2 jours plus tard au site.

  10 jours durant, paume, n entendant ou n entrevoyant que quelques vehicules, dans la peau d ermites des hauts plateaux andins, nous aurons profite de ce paradis de l escalade ou la grimpe aura ete une activite prenante, mais ou le repos, la lecture et les longues soirees au coin du feu sous une immensite d etoiles auront ete des moments tout aussi agreables.

  Les mois s effeuillent, nous effeuillent un a un.

  Neuf, deja, subtilises au mou ordre gregaire autophage.

  Chaque jour meurt et renait de ses cendres, infiniment. L homme est pareil au jour, la nuit qu habite silencieuce la lumiere primordiale.

  Chaque jour meurt, chaque fois le ciel lourd de bleu s ecrase sur le fil incandescent de l horizon, d ou luxurent sauvagement, en tumultueuses cascades d ether, les gerbes multicolores du sang d Helios s y noyant doucement.

  Saturation chromatique, a chaque seconde un nouveau seuil atteint la menbrane de l oeil cristalin, qui est un ecran-interface, un tenseur le long duquel s accouplent, s integrent les potentiels energetiques qui transpirent du corps plein de la nature.   

  Chaque fois la magie opere, eternel et positif retour du different qui seul s exprime et frappe. Des bleus, des mauves, des violets, rouges, roses, oranges et jaunes tous formellement singuliers, individues, chacun n etant qu une frange plus ou moins longue du blanc les contenant tous.

  Chaque fois le spectacle de la fin d un monde.

  Enfin, la grosse partie du gateau, le desert, le vrai, le Lipez situe dans sa totalite a plus de

4000 metres

d altitude, refuge tranquille pour flamands roses, vigognes et viscachas.

  Une etendue aride, valonnee sur laquelle nous emprunterons les chemins des fameux tours operator en 4x4, ces sentiers chaotiques, cauchemar des 2 roues, nous laissant le choix entre une partie centrale faite de calamines, tole ondule, supplice pour le corps et les velos, ou les parties laterales, une epaisse couche de sable empechant parfois toute avancee.

  Heureusement, quelques passages un peu plus clements nous offrirons des moments de repit quant a ce calvaire.

  Decollage donc, objectif laguna colorada ou un refuge pour touristes serait apparemment le premier point d eau.

  160km parcourus en 4 jours. Un climat agreable en journee, venteux en soiree, des glacons dans les bouteilles au reveil, les temperatures chutant en dessous des 0. Un ravitaillement effectue aupres des 4x4 ou touristes surpris de notre presence ici, chauffeurs et cuisinieres n hesiteront pas a nous offrir pains, gateaux, pates bolognaises et salade de riz.

  Mais le plus grand plaisir gustatif sera un savoureux pate de fois gras du lot et garonne partage en compagnie de Olivier et Marie-Anne, couple de francais ayant sillonne les routes de l europe de l est et de l afrique avant de s attaquer a celles americaines a bord de leur voiture maison.

  Rencontre tout aussi agreable que surprenante avant d arriver a laguna colorada.

 

La Laguna Colorada

, ou comment plonger dans les limbes de l art moderne. Se noyer parmi les formes et couleurs d un ocean mineral, se laisser couler, impregner par la lancinante ivresse des haut-fonds.

  Les plombs de l imagination sautent un a un, qui sort de ses gonds pour terrasser la raison amputee.

  Sous la surface des milliards de micro-oragnismes s agitent, devorent a leur source des quartiers de soleil qu ils deglutissent et font fulgurer en nuances vermillon que lezardent quelques marbrures blanchatres et indigos courant les eaux.

  Les longues et fines pattes trempees dans ces entreacs Technicolor, des milliers de flamands prospectent le liquide saumatre en quete de nourriture, des milliers de points roses comme autant de jets de peinture pollockiens.

   L immersion ne fait que debuter, notre corps a corps au long cours avec la nature nous menera encore plus loin, plus perdus, entre les dedales d un labyrinthe land-art.

   Des sculptures et toiles surrealistes aux essais picturaux minimalistes d un Miro ou d un Rothko en passant par le laboratoire du libre mouvement qu etait le futurisme, la catalyse se poursuit sur notre organisme meta-stable; ca pousse, de proche en proche, ca force, tousse, vrombit mechament, le voyage continue, du corps-espace sans commencement aux molecules sans fin.

  Du ciel immacule, des voix discretes du desert, du cissement de la matiere, de sa danse auto-operante, de l apparent equilibre chromatique de la silice flouante, fluant en meandres serpentesques, charriant d innombrables teintes en un composit infini, sur le dos duquel ien ne peut etre ajouter, de la resonnance sub-atomique, s abat l eclair de la revelation :

la Nature

, dans son genie creatif, en acte, se suffit pleinement, l homme n est que le maladroit prolongement, la main de cet Etre aupres duquel il cherche comme un fou a s ouvrir, il est un faussaire, souvent, s imaginant , se croyant voyant.

  Participer de l Etre , bruler a froid le singe du moi, subtil plagiaire qui feint vouloir, ressentir, denudant les nerfs a vif, le tranchant vertigineux d une volonte aveugle de liberte.

  Vouloir, ou choir.

 

  Recharges en eau et en nourriture de base, la frontiere et sa route asphaltee en ligne de mire, nous repartons pour 3 jours dont 2 rendus intenses par l ensemble des conditions.

  Une premiere longue ascensión.

  Des sardines plantees a plus de 4800 en territoire fortement refroidit par un vent violent nous obligeant a cuisiner dans la tente. Un rechaud lunatique qui nous joue des tours un bon moment et la nuit la plus fraiche du voyage.

  Au reveil, du givre sur les parois, des bouteilles gelees comme jamais pour des temperatures ayant sans aucun doute avoisinees les -12 et un vent terrible ne voulant cesser, nous offrant un nouvelle journee unique en son genre.

  Des soufflees de

3 quart

levant des nuages de sable nous fouettant le visage et nous empechant de pedaler. Nous pousserons donc 4 heures durant sur une quinzaine de kilometres, ultime epreuve avant une derniere journee bien plus tranquille.

  Jamais nous n aurons autant lutte, subi, notre humble et deterritorialisee condition d homme pris entre les serres meurtrieres des elements, expose au souffle mordant qui devale en cataractes folles d un des bouches beantes de l enfer, notre humble et decalee condition d homme en proie au vertige mutagene qu operent sur nos corps-esprits ces memes elements, s exprimant dans leur plus parfaite et dynamique eternite, alors la que nous nous coupions la langue pour mieux les entendre.

  La reserve musicale qu est le silence ne peut etre consideree comme vide, nihil, simple passivite, le silence parle, rugit d extase a l oreille de qui se tait, ecoute, lit entre les lignes de la portee qu il sous-tend.

  Etrange impression que dictent ces milieux hostiles a toute vie, toute survivance biologique, impression grimpante aussitot mise a terre, mains et genoux tombes sur le sol calcine a ses pieds, regard libre et bleme humblement ose, pose sur la face indicibe et troublante de verite de

la Beaute

, beance nous incorporant a ses cercles enchasses.

  Plus la desolation est grande, plus

la Beaute

est percutante de simplicite. Comme ce pur bleu, present, la, tout alentour de nous, se revelant sous sa plus parfaite nudite.

  Il pourrait se parer de tous les epithetes, etre charpente de toutes les metaphores que developpe le langage sur le corps vierge de la vacuite; mais se suffit a etre, dans toute sa splendeur, Est, point barre.

Le tampon de sortie bolivien sur le passeport, nous rejoindrons, soulages, la route bitume chilienne. 40km nous propulsant a San Pedro de Atacama, ville envahie par le tourisme.

 

  Retour a la civilisation. Retour a la realite. Retour sur terre.

  P.S: un joyeux anniversaire a Henri a qui je n arrive plus a envoyer de nouvelles et egalement a Helene: Bon anniversaire donc a vous 2

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IMG_4218 IMG_4207 IMG_4241 IMG_4331 quelques photos du salar avant de trouver des meilleurs ordis pour un peu plus de paysages terribles... preparer donc vos mouchoirs...

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19 mars 2007

IMG_3567 en compagnie de majura

IMG_3646 IMG_3753 IMG_3764 IMG_3672  IMG_3639 Cusco

IMG_3715 IMG_3694 la cite perdue des incas: le machu picchu

IMG_3905 IMG_3924 IMG_3955 le lac titicaca

IMG_3858 IMG_3886 IMG_3865 sur la route

IMG_4001 IMG_4010 La Paz lors de notre arrivee et la petite vue de notre hotel

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17 mars 2007

Cusco-LaPaz, de l aseptisation au vortex urbain

  Depuis bientot un mois et demi le Bosque de Piedras dans le retroviseur.

  Les souvenirs habillent le cortex cerebral. Le ciel est gris, le soleil tapi au fond d une de ces tenebres dont recele la Terre, la pluie, elle, aura tot fait de gommer les quelques traces que nos doigts pofes, dissequant l anatomie secrete de monstres volcaniques, auront laisse au cours d operations-ascencions eclairs.

  Art du mouvement, ephemere danse, prolongeant celle entreprise au cours des siecles par la main operante du peintre rupestre. Qui etait la, avant nous, pour lui aussi inscrire l empreinte de son passage sur le corps sacre de Pachamama (selon les croyances incas, la Terre Mere, deifiee). Posant ca et la, motifs rouge sang, les pieces d un puzzle destine  a tromper la mort, vivre dans l oeil de generations futures.

  Depart groupe du Bosque donc, Majura dans notre roue pour les trois jours necessaires au ralliement de Huancayo, a 260 km, ou vit sa soeur, pas visite depuis 13 ans.

  Les bornes ponctuant le trajet defilent comme jamais, la langue d asphalte disparait sous la gomme  aussi vite que la route nous avale.

  La pampa s ouvrant a nous, enfin du plat, ou presque, sur plus de 5 km. Le souffle ressuscite. Maju a pris la machine en marche, 105km au compteur le premier jour.

  Deux autres sur le meme mode, une nuit chez sa soeur et ses enfants et puis du bus, pour pouvoir recuperer a temps un colis contenant des cartes (tres difficilement denichables sur place) ainsi qu un mp3, ceci avant que notre depositaire sur Cusco, Thiery, ne rentre au pays... aussi, de nombreuses heures a fulminer, coinces, prives d espace, amputes de la liberte qu offre le velo, de son rythme, de sa flexibilite, de l air et du ciel bleu Klein.

  Puis Abancay-Cusco, de nouveau trois jours, etape de montagne cette fois, 2 passages a 4000m, 200 km dont plus de la moitie en denivele positif.

  Arrivee a Cusco, ou comment se prendre de face les marees de touristes, deguises, ensemble complet alpaca, barioles et rayures en tout sens pour les moins de 40 ans, tenue safari urbain, bob, gilet et pantalon a poches virant du beige au camouflage type free party pour les plus de 40. Soyons honnetes, on etait alors en pleine periode de carnaval !!!

  Premiers pas mis dans ceux des pelerins des eglises Lonely planet et Routard team, laches en flux incontinant sur une orbite dont le coeur asphyxie est le Machu Pichu.

  Il nous fallut choisir, se fondre dans la masse dont nous faisions d ores et deja virtuellement partie depuis 8 mois (illusion tenace dune ligne tracee hors des sentiers battus, tous l etant deja, en marcheur-createur solitaire) ou faire l impasse sur ce monument d architecture et d art brut qu est la cite Inca.

  Premiere option cochee, actualisation de notre appartenance au troupeau dont le berger s est suicide.

  7h30, quasi seuls au sommet du Huayna Pichu, nez du visage geant, tourne vers le ciel, de l Inca veillant sur la cite.  Le monde est blanc, coton, une page blanche, laquelle se teint bientot de taches floues, de verts jungle, de bleus cobalt avant de s ouvrir  sur des formes severes, angles et arretes grises definissant les contours d un vaisseau de pierre, tout droit issu d un futur de space opera, echoue, sur le nid imprenable du condor qu incarne l Apu Auzangate lors de ses venues sur les territoires du monde materiel, du monde humain (Apu, esprit tout puissant de la montagne en langue quechua; Auzangate, le plus haut sommet de la region, le plus haut membre de la hierarchie des esprits relayant la voix de Pachamama).

  Par dela le siecles, les murs resonnent des voix des runas (peuple de langue quechua dont seul le chef, incarnation terrestre du dieu est en droit de s appeler Inca), les blocs, emboites au mm, sont des monstres impassibles, endormies, l architecture est sobre, minimaliste, contrastant avec la luxuriance devorante de la vegetation environnante, le silence est habite, vivant, assassin, d une civilisation temoin muet, car denue d ecriture pour nous parler, de sa propre liquidation.

  Impression d eteernite pourtant, que vient briser l ombre deployee de la celebrite, de l effervescence consumant l ame du lieu; les entites-grappes d individus jouant ensemble un balet classique, formation, deformation de rondes assemblees, de files plus ou moins etendues se teintant aux premieres gouttes de pluie de couleurs criardes, fluos, mecanique huilee du pancho standardise, pour des etres standardises; les flashs crepitent, on pose avec des indiens dont le role est de jouer les pantins, sous l oeil-beretta condescendant de celui qui se fait prendre en photo a ses cotes. La pitie tue, parfois. La tradition est entretenue artificiellement, on lui transfere du sang nouveau, a mesure qu elle se meurt...Sombre mascarade, theatre de chair, voile d authenticite souffle au premier vent, apparats, fantome, folklore...

  Cusco, en une union avec la machine touristique, scellee des cris d estomacs des paysans qui par milliers ont quitte les cultures et elevages pour les talus habilles de briques,  toles, baches, d ou ils remontent avec assiduite le filon conduisant au coeur du gisement, or vert s echangeant contre des objets simulacres.

  Cauchemar des espoirs perdus, impasse, misere et desesperation.

  Exode rural s ecroulant sur lui-meme; la revolution, comme ce fut le cas en Europe, est industrielle mais d une industrie bien particuliere, dependante des flux et desirs d autrui, des tendances qui se font et se defont, non d eux-memes et de leurs eventuels besoins, nouvelles demandes.

  Cusco, derealise, police, spectre colonial au charme encore vivace.

  Cusco, dont les splendeurs se consument souterrainement dans le regard clair-obscur d Estefani, 1 an, fille d une petite vendeuse, Julia, dont nous avons croise au hasard des heures le timide sourire.

  Par dela la cendre un nouveau noeud d affects agit donc pourtant, se tisse en ces terres calcinees, fumant encore de l impact inevitable avec la modernite, greffon en partie rejete.  Une lumiere blanche sur l horizon couleur charbon.

  4 jours de plus, le porche bienvenu d un cimetiere ou l on nous gardait de dormir, rapport aux esprits des morts qui pourraient venir hanter nos nuits, croyances tres repandues ici, un squat chez l habitant, un campement dans la pampa, immensite, et une nuit dans un musee, profitant d une chambre habituellement reervee aux etudiants de passage, nous longeons ensuite les eaux miroitantes du plus haut lac du monde, avant de plonger sur Puno, 110 km dans les pattes.

  Ville nichee dans un des plis des monts ceinturant le Titicaca, les pieds trempant dans l eau glacee. Ultime etape de notre parcours peruvien, nous nous rendons depuis la sur une des iles ou nous passerons la soiree en compagnie d un couple de francais, Fany et Ronan, rencontres au moment de l embarquement.

  Passage eclair sur les Uros, fameuses iles flottantes; le mythe s effondre, nuees de bateaux accroches chacun a leur ilot respectif, debarquement, rapide presentation suivie d une vente de bibelots d artisanat; sur nos 4 visages, le meme desappointement, le meme degout affleure, le meme rire en dessous. L une sur l autre les pieces a conviction s accumulent au dossier "tourisme culturel", les iles sont un decor de cinema ou se joue une comedie humaine bien rodee, culture reifiee pour la cause...

  2 heures de bateau plus au large, Amantani, bout de terre tranquille ou vivent 5000 iliens. Nous laisserons de cote l option "logement chez l habitant" sentant a plein nez le truc monte de toute piece pour planter la tente au sommetde l ile, la tete entre eaux et cieux. Soleil, senteurs fraiches d eucalyptus, paysans en conciliabules au bord de la falaise, un petit air mediterraneen, l altitude en plus, plane sur les lieux, nous laissant oublier la "blague" de la matinee sombrant au seul son du vent.

  Encore quelques jours, le lac a nos cotes (une superficie avoisinant celle des Vosges),  des centaines d ibis et de rapaces, gardiens de la bande goudronnee, cicatrice sans fin dont nous suivons fidelemnt la ligne, volent en cercle au dessus de nos tetes.

  Dernier 100 km, une ville brille au loin, flash cerebral, La Paz, capitale bolivienne qu anime une energie incroyable. Demence.

  Ces toits que nous avions vus, s averent n etre en fait que El Alto, ville-banlieue surplombant le canyon le long duquel un monstre couleur terre brulee etend ses tentacules.

  De haut, la ville a l allure d un chaudron bouillonnant, fourmillant de taxis sauvages, de bus, micro et minibus serpentant entre des fenetres de tir qui s eclipsent aussi vite qu elle ne s ouvrent. Furie automobile qui de pres est encore plus impressionante. Les rues sont des sentes, voies d aeration quadrillant la haute densite de l ile de beton, les fils electriques sont comme des lianes s accrochant partout, les klaxons hurlent d un bout a l autre de cette jungle urbaine, maelstrom, bordel, fourbis d immeubles type colonial jouxtant avec des edifices pleureurs formant une canopee de verre et de beton arme.

  Un peu plus bas, aus pieds de cette vegetation mutante, on vend de tout, partout, sur le trottoir, au fond de minuscules tiendas, dans des brouettes, des montagnes de fruits, de cereales, de patisseries, d empanadas (beignets fourres a la viande, aux legumes...) et autres specialites locales qui abondent.

  Les vendeuses-rabateuses debitent leurs appels d offre a un rythme machinique, tempo sur lequel se calque l ensemble de la ville, poumon respirant frenetiquement, bouche ventrue se nourrissant de ses habitants, organes qui parcourent, sporadiquement, ce corps chaosmotique, qui l organisent miraculeusement, lui donne une vie, une voix, un nom.

  Le rideau tombe, noire d ebene, nous nous appretons a en decouvrir la face nocturne en compagnie d Omar, rencontre il y a deux jours.  Chez vous il se leve. Ciao.

 

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14 février 2007

le Perou en image

IMG_2689 IMG_2706 IMG_2719 le desert de sechura

IMG_2872 IMG_2630 IMG_3604 petits couches de soleil

IMG_2870 sandboarding sur les dunes de la cote peruvienne

IMG_2950 IMG_3139 IMG_3239 IMG_3585 sur la route

IMG_3055 IMG_3071 IMG_3064 le parc national de huascaran, fabuleux mais tellement fatiguant

IMG_3628 IMG_3616 IMG_3618 IMG_3554 le fameux bosque de piedra

IMG_3661 IMG_2982 IMG_3163 IMG_3188 IMG_3031

IMG_0877 Copia_de_IMG_1443 IMG_2411 IMG_1732 IMG_1728 portraits d amerique du sud

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29 janvier 2007

les montagnes russes peruviennes

  20 decembre, nous quittons Loja, ultime grande cite de la si riche sierra equatorienne. A quelques 190 km de la, le fameux Perou attend nos premiers coups de pedale.

  Ce qui aurait du etre un jeu d enfant pour gagner la cote du pays des incas sera finalement a la hauteur de ce que nous avons vecu auparavant.  Un enchainement de montees, dont une notamment, la plus longue que nous ayons du affronter jusque la, 20 km d ascencion nous propulsant dans un brouillard dense nous contraignant a passer une nuit des plus mouvementees sous le preau d une ecole paumee a la merci de trombes d eau.

  Quelques galeres de pneus mettant a l epreuve nos nouveaux talents de couturiers, une nouvelle nuit passee dans un de ces si paisibles villages de montagne et nous atteignons, des souvenirs plein la tete de ce premier pays andin traverse, les regions desertiques peruviennes.

  Apres 2 jours de pedalage sous un soleil de plomb et un noel passe en compagnie d une famille pour qui les festivites et les cadeaux etaient tout aussi inexistant que l eau courante et l electricite, nous posons les pieds a Piura, ville situee aux portes du desert de Sechura, etendue aride de plus de 200 km traversee de lignes droites de bitume interminables, ou les arbustes, parfois couches par le vent, sont ornes de sachets plastiques et autres detritus qui bordent sur des km notre chemin d acces a la prochaine ville.

  Armes de 10 litres d eau chacun, nous depassons le premier jour, pour la premiere fois depuis le debut du periple, la barriere des 100 km. Mais le lendemain, changement radical d atmosphere; dame nature nous met, si l on puit dire, des batons dans les roues. Ce n est pas le soleil, comme nous l avions craint, mais le vent, un vent violent de face ou de trois quarts qui nous imposera une lutte aussi physique que mentale, nous empechera de depasser la faible barre des 8km/h de moyenne et n augmentera nos nombres de km au compteur que de 50 petites unites pour cette folle journee. Le troisieme jour, le vent calme, nouvelle partie de plaisir ou les 50km avales facilement, relativement a la veille, nous permettront d atteindre Lambayeque.

  Notre nouvel an se fera tout aussi transparent que noel. Errant les rues a la recherche des coins chauds de la ville, nous rentrerons finalement a l hotel avant meme les 12 coups de minuit, d ou nous contemplerons quelques mannequins enflammes, tradition chere au Perou ainsi qu a l Equateur.

  Afin d esquiver la monotonie des routes cotieres et dans le but de regagner au plus vite ces montagnes tant appreciees, un mix d auto-stop et de bus nous menera, 300km plus au sud, a Casma, d ou nous pourrons prendre une route de penetration pour la sierra en direction de la cordilliere blanche.

  Mais une fois de plus, ici, nous cultiverons le retard accumule, dans l optique de profiter pleinement des lieux et des rencontres. Nous passerons la journee en compagnie de Peter, chauffeur bien sympathique de moto-taxi qui nous a fait decouvrir les ruines de Sechin, vieilles de 3800 ans, et avec qui nous avons pu retrouver les si appreciables sensations de glisse que nous connaissions au coeur des montagnes francaises, la neige laissant la place au sable, pour un descente en sunboard sur les pentes dune n ayant rien a envier a celles du Sahara.

  4 jours plus tard, et 150km a l est, nous atteignons, non sans mal, la ville de Huaraz. Partis du niveau de la mer, une ascencion de plus de 100km, dont deux bons tiers de chemin terreux, pierreux nous obligeant a quelques reprises a pousser les velos, nous permettra d atteindre, apres deux jours et demi de pedalage, les 4225m d altitude du col ouvrant sur la vallee ou est niche Huaraz.

  Cette ville, paradis pour les amateurs ou professionnels d andinisme sera le theatre d une nouvelle pause d une semaine avec au programme une bonne session escalade; enchainement de blocs paumes en pleine forets d eucalyptus avec pour fond d ecran la somptueuse cordilliere blanche, chaine de sommets enneiges dont quelques uns depassent les 6000 m.

  Nous reenfourcherons ensuite les velos pour 4 jours tout aussi riches que cauchemardesques. lances a bonne allure sur une route bitumee nous arrivons a un croisement ou s offrent a nous deux possibilites: d un cote une route de terre traversant le parc national Huascaran, du nom du plus haut sommet peruvien; de l autre la route asphaltee relativement moins interessante. Apres un bon quart dheure de reflexion et aiguilles par des policeirs nous assurant qu apres 35 km d ascencion la montee laisse la place a de le pure descente, nous optons pour la difficulte de la terre qui devrait bien nous le rendre quant a notre envie de voir du pays.

  Le premier jour sera du pur bonheur. Seuls, perdus dans les montagnes, nous decouvrons les richesses du parc: source d eau gazeuse, contemplation de la puya Raymondi, plante de plus de 10 m de haut specifique a ces regions du globe, la vigogne, animal cousin du lama reputee pour sa laine s arrachant a prix d or en Europe, peintures rupestres pre-colombiennes, ainsi que quelques habitations perchees a 4000 m d altitude, dispersees, nous rappelant les maisons de nos ancetres les gaulois, empilage de pierres brutes que surmonte un toit de ce qui semble etre de la paille.

  le lendemain, en milieu de matinee, nous atteignons, le souffle court le col du Pastoruri et frolons ses neiges eternelles. Sur une quinzaine de bornes, nous pedalons au dessus de la barriere des 4800m avant d entamer la descente, contents d avoir surmonter cette nouvelle epreuve. Mais rapidement, nous nous rendons compte que la fin, le retour sur la route goudronnee ne sera pas pour l immediat; une cuvette enorme, plongee dans le brouillard et la pluie s ouvre sous nos yeux. Peniblement, lentement nous en sortons mais c est pour en decouvrir une nouvelle tout aussi effrayante. Dans le froid, trempes, rageant contre ces flics "incompetents" qui feraient mieux de se taire plutot que de raconter des conneries aux touristes, nous luttons jusqu en fin d apres-midi pour enfin arriver sur la route ferme.

   Le lendemain, ce sera une grande descente de 25 km pur rejoindre Huallanca ou nous profitons de ces bains thermaux, relaxation assuree. Une nuit dans ce petit village, une nouvelle descente de 20 km et nous posons les pieds a La Union pour faire la decouverte des ruines inca de Huanuco Pampa, avant gout du mythique Machu Pichu.

  les 150 km suivants seront parcourus en bus, de nouveau 150km de route de terre effectuees en 6 heures avant d arriver a Huanuco, 2000m d altitude, a la frontiere sierra-selva.

  Prochain objectif: le bosque de piedras situe non loin de Cerro de Pasco, capitale de province et ville la plus haute du monde, 4400m, les montagnes russes continuent.

  3 jours de pedalage, 3 nouvelles journees de montee plutot facilement realisees; dans les derniers km, un gars nous double... a pied... un champion sans doute parce que tenir une moyenne entre 10 et 12 km/h en montee et a cette altitude, il faut aimer se faire mal; et nous arrivons a Cerro, ville miniere.

  Un gars de l office du tourisme nous informe sur le bosque de piedras, litteralement "foret de pierres"; apparamment nous devrions pour les quelques jours a venir user doigts et chaussons dans ce qui serait un paradis encore tres peu connu des amateurs d escalade.

  Par chance nous rencontrons Jose qui se propose de garder nos velos durant ce temps, une occasion de partir pour Canchacucho, ville aux portes du bosque, en mode light, occasion que nous ne laissons pas passer.

  Armes du strict minimum, habits chauds, de pluie, ustensiles de cuisine, sacs de couchage et chaussons, nous embarquons a bord d un bus et quelques 20 minutes plus tard le relief decoupe de cette foret s etendant sur 6815 hectares nous saute aux yeux.

  Les pieds a peine poses dans ce petit village de 80 personnes que la tres sympathique Majura, petite peruvienne de 30 ans, proprietaire de 340 moutons , guide incolable sur le sanctuaire et seule grimpeuse du coin nous installe dans une maison inhabitee,

  Le lendemain, la visite d une partie minime du site nous laissera sans voix; un chef d oeuvre de la nature difficilement concevable ou des colonnes de pierres en defile donnent une impression de tetris geant avec parfois un enchainement de 4 ou 5 blocs poses en equilibre les uns sur les autres.

  Des voies mais surtout des blocs par milliers, de toutes formes, nous pousserons a y rester bien plus longtemps que prevu.

  De retour a Cerro pour quelques obligations nous regagnerons ce soir le bosque pour 3 derniers jours de grimpe et de bons temps passes en compagnie de la Maju et de sa famille, avec lesquelles nous aurons deguster des truites comme jamais.

  Puis nous allons reprendre la route, direction Huancayo, 250 km que nous ferons aux cotes de Majura qui souhaite nous accompagner pour ce bout de chemin.

  L aventure continue avec comme prochaine etape Cusco et la fameux Machu Pichu, du bon en perspective,

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19 décembre 2006

Le periple Equatorien

IMG_2096 IMG_2148 IMG_2438 quelques un de nos nombreux toits d une nuit

IMG_1998 Ruco Pinchincha: la tete dans les nuages a quelques 4700m d altitude

Copia_de_IMG_2224 IMG_2256 IMG_2290 notre petite sortie a l altar

IMG_2457 IMG_2515 session grimpe a chacalata

IMG_2287 IMG_2044 Agoar production

IMG_2298 la caution a quito fest

IMG_2111 IMG_2376 IMG_2119 sur la route

Copia_de_IMG_2308 Copia_de_IMG_2325 routes bloquees

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  Loges par un aimable Luis, prolongations de quelques jours a Quito.

  Plus particulierement son centre historique dont nous calquons le rythme, les habitudes, integrons le plan, goutons a la tranquilite matinale de places ou defilent gamins cireurs de chaussures, vendeurs-ses de cacahuetes et autres friandises, indiennes aux charmes discrets que seul devoile sous une superposition savante de jupons, gilets, chales et chapeaux, un indefectible sourire comme un echo a la profondeur insondable de leur regard clair-obscur.

  Quelques stations de tram plus au nord les murs du quartier moderne, tristes, pleurent, clones avortes des geants de verre nord-americain, monades urbaines a la Silverberg, fleches tirees en defi a Babel.

  Nous y poserons cependant le pied a plusieurs reprises, y laisserons la marque noire blanche rouge de notre passage, y croquerons a l alliance francaise des nouvelles fraiches de la farce electorale se jouant a sourires tires de l autre cote de l Atlantique.

  Laissant derriere nous un Luis epleure, nous imaginant volontiers passer les fetes de fin d annee en sa compagnie, nous remontons sur nos destriers abandonnes depuis pres de deux mois.

  Dur, tres dur. Jambes cotonneuses. Pics glaces nous perforant les poumons en alternance avec le souffle brulant de camions nous doublant poussivement.

  Il nous faudra 4 jours pour atteindre Riobamba, 200 km plus au sud, deux cols a plus de 3400m, quelques bons squats ou dormir au sec, maisons abandonnees, edifices en construction nous evitant ainsi de monter la tente.

  malgre le froid, parfois la pluie, d indecrochables murailles nuageuses nous privant de la vue sur le Cotopaxi et le Chimborazo, les paysages grandioses nous galvanisent, et meme s il n est pas evident de sortir la tete du guidon quand la pente, le poids nous imposent une moyenne de 5-6km/h en montee, les bords nus de la route nous offrent une parfaite fenetre de tir, interdite jusqu alors par la vegetation luxuriante d Amerique Centrale.

  Souhaitant s immerger plus profond dans ces limbes monumentales, nous partons de Riobamba pour un trek de 3 jours dans le massif de l Altar.

  4h de marche pour commencer, jusqu a un immense plateau pour moitie cerne par de hautes falaises qu on dirait sculptees par les elements en un orgue mineral pour doigts de geants, avec en son fond une imposante digue rocailleuse d ou coule une cascade sur plus de 100m, veritable bouchon naturel retenant prisonnieres les eaux vertes pales du lac ayant fait son nid dans le fond du cratere.

  Cratere que nous atteindrons le lendemain, apres une nuit a 3800m pour ce qui fut peut-etre notre meilleur lit deouis le depart, vue depuis le bivouac des sommets dechiquetes de l Altar en ombres chinoises.

  De retour a la ville, nuit electorale pour le s equatoriens; Correa fait mouche, dame le pion a Noboa de plus de 5 points et met fin a un mois de suspens, temps imparti entre les 2 tours, mis a profit par les candidats pour soigner leur campagne. Profil bas sur les problematiques de fond, coups de poignard dans le dos, distribution echevelee de casquettes, T-shirts, drapeaux, badges a leur effigie, entreprise relayee par des cohortes de jeunes activistes adeptes du marketing electoral.

  Un peu plus tard dans la soiree, Polo: "il n y avait pas le concert de La Caution ce week-end a Quito?". Le lendemain nous avalons en bus les 200km parcourus la semaine passee, laissons nos cerveaux s impregner d ondes electros, sevres qu ils etaient depuis le vol du mp3 et empruntons la meme route, apres un ultime au revoir a Luis, pour la troisieme fois. Troisieme fois, troisieme moyen de locomotion. En effet la route barree sur plus de 50km nous oblige a marcher, prendre un pick-up entre deux barrages de pneus fumants, marcher, encore marcher, marcher droit a travers champ afin d eviter les epingles conduisant au col du cotopaxi et finir dans un dernier pick-up lui-meme poursuivi par dautres, grevistes remontes, faches par les percees operees par certains pour se faire du dollar sur le dos de l occupation.

  Aiguilles par un grimpeur du coin, direction Cuenca ou nous devrons egalement, simple formalite, refaire tamponner nos passeports.

  A lire la carte, 250km : 4 jours.

  C etait sans compter sur les interminables cotes (8,10,12km) reliant entre elles les inombrables vallees-cuvettes des "basses" andes, o combien plus douloureuses pour nos cuisses que les "hautes". Sans compter sur une brume impourfendable ni une pluis reglee pour tomber sur les coups de 14-15h. Sans compter non plus sur les chiens qui a 3,4 ou plus nous coursent ( meme en descente), rattrapent, mordent quelque peu l arriere des sacoches. Rester stoique ou se la mettre a essayer de se defendre...

  sample d une journee: village indien pour un reveil brumeux apres une nuit passe contre les murs d une station essence hors-service, les habits de la veille trempes, qu il nous faut pour certains reenfiler. Un bon the sucre et nous partons pour ce qui sera notre plus courte etape, 43km dont pas loin de 30 de montee, 2 fois 8km avec entre 2 minutes de descente, et pour finir une pluie sournoise, fine, indiscernable du brouillard epais qui nous fera abandonner la partie. Un village, un edifice dont le premier etage n est pas acheve, parfaite opportunite pour un tant soit peu secher les fringues et les corps trempes congeles.

  deux jours depuis Cuenca, a sillonner sur le fil de cretes d ou, enfin sous le soleil, nous est offert une vue privilegiee sur le sud equatorien, plus sec, pele, venteux, ocre, brun, clairseme de taches vertes, l aglo ayant fait place a la brique rouge moule dans d authentiques fours en forme de tour, region beaucoup moins peuplee, un unique village sur plus de 90 km, entre, barraques isolees d indiens sur des chevaux selles de bois.

  Et enfin, arrivee au site de bloc de chacalata, miettes volcaniques des andes accrochees a la pente d un pres, trois jours en autonomie, filtrage de l eau, trois jours a fond, chaussons qui frottent le grain abrasif du rocher, doigts usines sur ce meme grain, trois jours avec pour seul voisins silence, forteresses de nuages courant dans le ciel or-azur et myriades d etoiles, trois jours de contemplation hors de la machine, retention fracassante pour nos cerveaux qui plantent deja le prochain point sur la ligne qu on griffonne sur le globe : Perou.

  Bonnes fetes a tous.

Posté par Transamericaine à 18:46 - Commentaires [6] - Rétroliens [0]